On dit que l’existence et la réalité se rapportent l’un à l’autre comme le font la vie et l’art. La « Réalité » semble exister. Pour pouvoir vivre à l’intérieur de ses frontières, nous tâtonnons intuitivement vers des formes communes de communication. Les humains doivent premièrement comprendre ce qui est facile à saisir pour ensuite interpréter des informations plus complexes et enfin, nous avons besoin de connaître autant les choses simples que complexes. En art, les humains ont toujours tenté d’expliquer la réalité afin de la rendre, et de nous rendre, mutuellement compréhensibles; et dans l’art contemporain, plusieurs artistes ont révolutionné ce savoir personnel et théorique en gardant la cadence avec la perspective scientifique et académique qui nous entoure. Cette exposition, qui a pour titre « La promesse d’une réalité » est dans un sens une expérience de juxtaposition et une démonstration d’excellence individuelle. Cheryl Sourkes et Marion Wagschal sont toutes deux parmi les meilleures artistes canadiennes de leur génération dont les recherches ont pendant longtemps exploré la représentation de la réalité à travers la vision de l’artiste. Elles sont à la fois objectives et subjectives dans leur conscience et leur façon de rendre. Elles présentent deux corpus à la fois diamétralement opposés et profondément en accord sur la promesse implicite que l’art nous présente une explication viable de la réalité.
Cheryl Sourkes est une artiste dont le travail est à l’extrême opposé de l’approche plus manuelle de sa partenaire dans « La promesse d’une réalité ». Son travail photographique dépend exclusivement d’images trouvées et choisies lors de longues recherches délibérées sur Internet puis considérablement manipulées en apparence. L’artiste réussit toutefois à conserver leur contenu objectif. Elle utilise des images prises avec des webcaméras et son sujet devient finalement la réalité en soi. Vues à travers le prisme magique de son intervention, ses images accomplissent une nouvelle réconciliation entre abstraction et figuration, et deviennent de plus en plus émouvantes puisqu’elles sont de vrais registres de notre monde actuel. Les couleurs éblouissantes et saturées sont un aspect de l’expérience visuel que Sourkes évoque avec soin et précision : elle nous rappelle la tradition qui nous entoure encore un peu, cette même tradition fautive où la couleur est étrangère aux expériences vécues. Son travail propose le monde en tant que place illuminée par la couleur et identifie la notion que sa présence n’est pas mensongère. Il est conçu afin que la vie nous apparaisse comme étrangement charmante et familière. Sourkes démontre que le sens est inhérent à la réalité tout en étant mis là grâce à notre regard objectif. Finalement, elle n’apporte aucun changement à la réalité, elle l’explique.
La réputation dont jouit Marion Wagschal comme étant l’une des meilleurs artistes figuratifs au Canada a parfois semblé reposer sur l’individualité de sa technique incisive. Elle utilise une ligne aussi précise que possible lorsqu’elle dessine, mais semble tout de même tomber, un tant soit peu, du côté expressionniste de l’équation; tandis que les variations tonales qu’elle trouve, peint et saisit suggèrent une riche et tragi-comique compréhension de la fibre humaine qui constitue son principal sujet d’étude. Mais l’interprétation de données visuelles objectives n’est pas sa seule préoccupation artistique. Dans plusieurs de ses séries, comme dans celle-ci mettant en vedettes des polichinelles, elle fait état de plusieurs drames et confonds nos attentes envers la réalité avec humour et passion. Le masque et sa longue tradition sont une fascination pour Wagschal. Elle nous rappelle qu’en nous cachant nous ne devenons que plus visibles et en tentant de fuir, plus piégés par notre propre nature et notre propre moralité. |