Nous connaissons tous les poèmes romantiques et les romans d’amour; les films qui font pleurer les gens ; les cartes postales et les publicités à la télévision qui en font de même. Mais qu’en est-il de l’art? Est-elle aussi capable? Et même si nous sommes convaincus que de telles oeuvres existent ( ou pas) comment fonctionnent-elles? Les arts visuels peuvent-ils s’adresser à nous de sorte qu’ils nous confrontent à notre côté amoureux? Il est évident que les images ont beaucoup de pouvoir : elles provoquent, elles excitent, elles sont utilisées à des fins propagandistes et publicitaires, pour la séduction ou le dégoût. Elles font tout cela facilement. Mais pour attrister ou consoler comme le ferait une chanson d’amour, triste ou heureuse, est plus difficile. Mais l’est-ce vraiment? Il s’agit peut-être d’observer d’un peu plus près, et même, passé ou travers les qualités formelles que les artistes (contrairement aux publicitaires) insistent à inscrire dans la matrice de leurs images. Peut-être y trouverons-nous une nouvelle forme de détresse et de consolation. Cette exposition tente d’éclairer ce problème, de lui trouver une solution tout en donnant des exemples de comment ceci peut être fait.
Les oeuvres récentes de Shawn Kuruneru proposent une relecture de la notion qui sape l’importance de la marque laissée par la main ainsi que toutes les hypothèses supportées historiquement par les expressionnistes. Son processus diminue l’individu de façon ironique – l’authenticité impliquée est réduite à l’inexistence. Ses oeuvres sont en fait une photocopie unique au jet d’encre de ses dessins qu’il n’expose pas. Il interpose ainsi, entre nous et l’image qu’il crée, un drôle sentiment de perte.
Vincent Lafrance est un photographe dont les oeuvres suggèrent que la distante et apaisante quiétude peut devenir provocante et incendiaire en tant qu’opposés putatifs. Qu’il croque la figure ou non, un grand ou un petit espace, ses images sont infusées d’un calme triste, d’une aura inexplicable. Il rend l’évident plus difficile à voir, mais nous explique pourquoi lorsqu’on lui demande.
Les collages exposés de Katie Lyle, d’une beauté sombre et compliquée, nous parlent certainement de dislocation et aussi de cœurs brisés. Le grand désir est examiné sous plusieurs angles et est ressenti, exprimé et symbolisé par la figure. L’une à côté de l’autre, elles nous proposent tout un langage de situations romantiques possibles. Une jeune sentimentalité, et ce que l’on peut nommer une persuasion adulte, coexistent et les parties corporelles agissent à la fois comme une présence et une absence synectiques, isolées d’elles-mêmes.
Natalie Reis s’intéresse à la notion du multiple de l’œuvre et de l’image. Elle se demande si la vie de tous les gens peut être pensé en fonction d’une seule personne et que si nous sommes interchangeables, nos sentiments ont-ils vraiment une signification. Ses oeuvres remettent en question l’acte de représenter et créent un parallèle entre celui-ci et l’acte de ressentir tout en faisant ressortir l’évidence du fait que nous avons déjà fait l’expérience de sentiments « uniques » que nous ressentirons encore une fois.
Le corpus d’œuvres plus récentes de Lorrain Simms couvre plusieurs sujets et circonstances. Elle explore le thème de la tragédie et de la comédie sous plusieurs angles, mais toujours sous le couvert de l’artificiel dans le procédé; quelquefois en masquant une figure en grand état émotionnel. Nous devons tenter de répondre à des questions sans réponses et réaliser que l’artiste est en quelque sorte un magicien et un formidable poseur d’énigme.
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