Sylvie Bouchard dresse une analogie cohérente entre l’art et la magie, l’artiste et le magicien dans ses toiles. On ne parle pas ici de la magie au sens occulte. L’art ou l’artiste qu’elle voit en tant que personne ne possèdent pas d’habiletés surhumaines. Ceux-ci font plutôt partie d’un questionnement élégant sur la nature de l’illusion et la puissance psychologique que possède l’étrange, tous deux au centre de l’œuvre de Bouchard. Il est à la fois réconfortant et dérangeant de rencontrer cette semi-invisibilité. Tout comme la « vraie » magie enchante et désoriente, nous savons toutefois que celle-ci ne défit pas la nature de la réalité, mais nous démontre plutôt que la réalité telle que nous pensons la connaître n’est qu’un aspect de la totalité du vrai. Bouchard insinue que nous devons ressentir plus que nous le pensons ou le réalisons. Elle croit que, comme Cézanne le disait, l’art est la réalité et non pas une harmonie qui lui est parallèle.
Dans l’imagerie de Sylvie Bouchard, où se répand une atmosphère solennelle et mystique, nous revoyons des personnages que nous croyons déjà connaître quoiqu’ils soient sans nom et archétypaux. Son imagerie collige plusieurs période et style artistiques. En scrutant son monde à la fois enjoué et menaçant, nous sommes témoins d’une scène où le drame n’est pas accidentel et où l’ambiance s’éloigne du quotidien et du hasard. Nous sommes à la fois dans notre monde et à l’étranger, à l’aise et hors de notre zone de confort. Enfin, nous réalisons que l’art devient une façon d’acquérir des connaissances grâce au travail de ses mains habiles et curieuses. L’exposition « Abracadabra » à la galerie Division marque le début d’un nouveau coup d’œil derrière les arbres, derrière le rideau où nous trouvons l’artiste travaillant assidûment. |