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A pool is water

Raque Ford, Tiziana La Melia, Maryse Larivière, Athena Papadopoulos, Megan Rooney

Oeuvres de l'exposition

Performance de Megan Rooney et lecture de Maryse Larivière dans le cadre de l'ouverture de l'exposition

Les piscines sont des appareils technologiques nous permettant de jouir d’un fantasme limité de la nature. Contrairement à leur ancêtre sublime, l’océan, ou leur parent obscur, le lac, les piscines existent pour les sujets qu’elles contiennent. Elles agissent comme des miroirs, reflétant et changeant en fonction des corps qui y entrent. En même temps, leur sens s’étend au-delà de leur enceinte – elles sont ce que Foucault appelle des espaces hétérotopiques : des surfaces complexes, des sites qui représentent et contestent simultanément une autre réalité.

Le titre de l’exposition est un bref extrait d’une citation de Joan Didion. Arrachée de son contexte initial, elle ne devient qu’une preuve de distillation sémantique d’un site complexe réduit à son seul contenu. Comme l’exposition qu’elle désigne, cette citation souligne la puissance de la poétique à corriger, suggérer, puis communiquer de nouvelles significations basées sur la performance du langage. Elle implique en même temps une transmutation fluide et égale entre les différentes formes (entre les piscines et l’eau, entre la poésie et la peinture), tout en maintenant les facultés personnelles et politiques que chacune présente.

Écrivant à travers la voix de Georgia Brown, une femme fatale du premier film musical à la distribution exclusivement noire, Cabin in the Sky, Raque Ford remplace une voix unifiée à la première personne par une autre collective et composée de clichés, de personnages et de tropes; un long poème est traité tels des dessins énigmatiques, des mots imprimés et une peinture dans l’œuvre de Tiziana La Melia; Maryse Larivière retrace le chemin migratoire des colibris qu’elle a étudiés, qui agit comme un cours multidirectionnel à travers des poèmes d’amour et des appareils domestiques; créant un langage dense et stratifié d’une imagerie à la fois sinistre et festive, Athena Papadopoulos imagine un monde peuplé de surfaces à l’allure charnelle tâchées de vin et de pepto-bismol ainsi que de jambes amputées; la narration de Megan Rooney traverse le mot parlé, le mot écrit, la peinture, la sculpture et le dessin, et est portée à travers des scènes aux personnages multiples mais insaisissables, qui réussissent à peine à incarner les souvenirs qu’ils performent.